19 février 2026
« Ça fait deux ou trois mois, beaucoup plus… et toujours rien comme avant. C’est normal ? »
C’est la question qu’un ami m’a posée quelques mois après la naissance de son enfant. Il était inquiet. Frustré aussi. Il avait l’impression que quelque chose s’était cassé dans leur couple.
La vérité, c’est qu’après un accouchement, ce n’est pas la sexualité qui est cassée. C’est l’idée qu’on se faisait de la “normalité” qui doit être réajustée.
Un accouchement, ce n’est pas un simple événement médical. C’est un bouleversement total. Pendant neuf mois, le corps d’une femme change, s’adapte, fabrique un être humain. Puis il accouche. Que ce soit par voie basse ou par césarienne, l’épreuve est immense. Il peut y avoir des déchirures, une épisiotomie, des cicatrices, des douleurs persistantes. Le périnée a été mis à rude épreuve. Beaucoup de femmes doivent faire une rééducation. Certaines ont des fuites urinaires au moindre éternuement (penser à la rééducation du périnée). Imaginez ce que cela peut représenter psychologiquement à l’idée d’un rapport sexuel.
Ajoutez à cela les hormones. Après l’accouchement, les taux hormonaux chutent brutalement. Cela peut provoquer sécheresse vaginale, baisse de libido, fatigue intense, sautes d’humeur. Ce n’est pas un caprice. C’est biologique.
Et puis il y a la fatigue. La vraie.
Celle des nuits hachées, répétées, interminables. Ne pas dormir est une forme de torture douce. Si la mère allaite et gère seule les nuits, sans relais en journée ou le week-end, elle est en survie. Son cerveau est focalisé sur le bébé, sur les besoins primaires. La sexualité passe très loin derrière. Très loin.
Dans ce contexte, demander “quand est-ce qu’on reprend comme avant ?” revient souvent à ignorer l’ampleur de ce qu’elle traverse.
Médicalement, on parle souvent d’un délai minimum de 4 à 6 semaines avant de reprendre des rapports, le temps que le corps cicatrise. Mais ce délai est purement physique. Il ne dit rien du désir. Rien du vécu émotionnel. Rien de la manière dont elle se sent dans son nouveau corps.
Car il y a aussi cela : se réapproprier son corps. Après la grossesse, il n’est plus le même. Il a porté, nourri, mis au monde. Il peut sembler étranger. Certaines femmes ne se reconnaissent plus. Retrouver le désir passe souvent par retrouver une forme de confiance et d’intimité avec soi-même.
Alors combien de temps faut-il attendre ?
La seule réponse honnête est : le temps qu’il faudra.
Cela peut être quelques semaines. Plusieurs mois. Parfois davantage. Et ce n’est pas un rejet de l’homme. Ce n’est pas un désamour. C’est un processus.
Ce que beaucoup d’hommes sous-estiment, c’est leur rôle. Plus ils sont prévenants, aidants, impliqués — pas “un peu”, mais vraiment — plus ils créent les conditions d’un retour à l’intimité. Prendre les relais, gérer les nuits quand c’est possible, offrir du temps pour qu’elle dorme, qu’elle prenne une douche tranquille, qu’elle sorte seule… Ce n’est pas une faveur. C’est leur responsabilité.
Et surtout : ne pas insister. Ne pas faire pression.
On parle trop peu de ces femmes qui se forcent, quelques semaines ou mois après l’accouchement, parce qu’elles sentent que leur partenaire est en attente. Cela laisse des traces.
Certaines femmes ont envie rapidement, bien sûr. Mais elles ne sont pas la norme. Et comparer sa compagne à une “moyenne” ou à d’autres expériences ne mène nulle part.
Après un accouchement, la sexualité ne se reprend pas. Elle se reconstruit.
Et cette reconstruction commence par l’empathie, la patience et le respect.




