Quand la pension alimentaire ne sera plus imposable : une réforme encore bloquée, au détriment des mères

9 février 2026

Depuis plusieurs mois, une réforme était attendue (une pétition avait été publiée dans ce sens) : la défiscalisation des pensions alimentaires perçues. Annoncée, débattue, espérée depuis des années, cette mesure devait corriger une injustice fiscale et sociale qui pénalise principalement les parents gardiens lors des séparations, en grande majorité des femmes. Pourtant, en ce début d’année 2026, la loi n’a pas été adoptée.

Officiellement, les raisons invoquées sont budgétaires et techniques.

Officieusement, cette réforme met en lumière un déséquilibre structurel bien plus profond dans la manière dont les politiques publiques sont pensées.

Aujourd’hui, le système fonctionne ainsi :

Le parent qui verse la pension alimentaire (le plus souvent le père) la déduit de ses impôts.

Le parent qui la reçoit (le plus souvent la mère) doit la déclarer comme un revenu, ce qui augmente son revenu fiscal de référence.

Cette mécanique a des conséquences concrètes et souvent invisibles.
Pour les mères aux revenus modestes, la pension alimentaire déclarée entraîne une baisse des aides de la CAF : RSA, APL, prime d’activité…
Résultat, la pension alimentaire ne constitue pas un gain réel, mais un simple transfert qui réduit les aides sociales.

Dans certains cas, le calcul est sans appel : réclamer une pension alimentaire n’améliore pas la situation financière, voire l’aggrave.
C’est pourquoi de nombreuses femmes renoncent à engager des démarches judiciaires longues, coûteuses et émotionnellement éprouvantes pour obtenir une pension souvent faible. Ce renoncement a un effet pervers : c’est l’État qui compense, via les aides sociales, une responsabilité parentale qui devrait incomber aux deux parents.

Pendant ce temps, le parent non gardien conserve un avantage fiscal.

La pension alimentaire devient ainsi un outil d’optimisation fiscale, tandis que sa finalité première – contribuer équitablement aux besoins de l’enfant – est détournée.

Ce système profite structurellement aux hommes mais parce qu’il s’inscrit dans une organisation encore largement patriarcale des décisions politiques.

Les lois sont majoritairement votées par des hommes, souvent non concernés par la charge quotidienne des enfants, et bénéficiant eux-mêmes de ce mécanisme de déduction fiscale.

La réforme envisagée aurait pu rééquilibrer les choses : cesser d’imposer les pensions alimentaires perçues, sans nécessairement maintenir leur défiscalisation côté versement. Car une évidence demeure : l’argent destiné à un enfant ne devrait jamais appauvrir le parent qui en assume la charge principale.

Tant que ce système restera inchangé, la pension alimentaire continuera d’être un dispositif à double tranchant, où les mères ont tout à perdre et les pères tout à gagner.
Et ce sont, encore une fois, les enfants qui en subissent les conséquences.

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