3 février 2026
Sorti en avril 2025, L’amour c’est surcotée, écrit et réalisé par Mourad Winter, s’inscrit dans cette catégorie rare de comédies romantiques qui assument d’être légères en apparence tout en abordant des sujets profondément contemporains.
Le film détourne avec intelligence les codes du genre, notamment en inversant les rôles habituels : ici, c’est l’homme qui a peur, qui doute, qui est maladroit, qui fuit, et qui se perd dans ses propres mensonges.
La bande annonce
Interprété par Hakim Jemili, Anis, le personnage principal est un homme attachant mais profondément bloqué.
Ce blocage ne vient pas seulement de son rapport aux femmes, mais d’un traumatisme bien plus enfoui : le décès d’un ami très proche, un “super pote”, dont il n’a jamais réellement fait le deuil.
Cette perte, mal digérée, devient une casserole émotionnelle qu’il traîne sans jamais la regarder en face. Comme souvent, l’absence de travail sur soi mène au déni, puis au mensonge. Il s’invente, se raconte, se met en scène pour paraître plus solide qu’il ne l’est réellement, jusqu’à frôler la mythomanie.
Face à lui, Madeleine, incarnée par Laura Felpin, est étudiante en psychologie. Et le film fait quelque chose d’assez rare : il met en valeur ce personnage sans en faire une caricature. Laura Felpin est particulièrement lumineuse dans le rôle, mise en valeur par la mise en scène, à la fois douce, drôle et profondément juste.
Madeleine n’est ni une sauveuse ni une thérapeute improvisée, mais une femme attentive, lucide, qui comprend peu à peu que l’homme qu’elle fréquente est prisonnier de blessures non réglées.
L’un des choix forts du film est l’absence totale de scènes de sexe ou de nudité.

Il y a des rapprochements, des tensions, des élans, mais rien n’est consommé. Ce parti pris recentre le récit sur l’essentiel : l’attachement, la complicité, le temps nécessaire pour qu’une vraie relation se construise.
L’amour c’est surcotée questionne frontalement notre rapport à la vitesse, au désir immédiat et à cette injonction — souvent masculine — à “aller vite”, sans prendre le temps de comprendre ce qui se joue intérieurement.
Attention léger spoiler
Le film aborde également, en filigrane mais avec beaucoup de justesse, la question de la thérapie.

Aujourd’hui plus que jamais, le travail psy apparaît comme un passage presque indispensable pour avancer, surtout pour les hommes, encore largement absents des cabinets de psychologues.
Le film montre que refuser l’introspection n’est pas sans conséquences, ni pour soi, ni pour l’autre.
On retrouve également Benjamin Trégnier dans un rôle volontairement un peu lourd, presque envahissant, qui apporte un contrepoint parfois irritant mais cohérent avec l’univers du film.
L’amour c’est surcotée n’est pas la comédie romantique du siècle, mais c’est un film sincère, moderne, souvent drôle et étonnamment touchant. Un film qui rappelle qu’on ne peut pas aimer pleinement tant qu’on n’a pas appris à regarder ses blessures en face.




