Affaire Lyhanna : pourquoi ce combat ne doit pas rester celui des mères

12 juin 2026

Depuis la disparition puis l’assassinat de la petite Lyhanna, 11 ans, à Fleurance dans le Gers fin mai 2026, la France retient son souffle. Des rassemblements se sont organisés dans plusieurs villes, des messages de soutien envahissent les réseaux sociaux, et beaucoup de femmes racontent leur propre enfance pour dire « ça aurait pu être moi ». Mais en regardant les images des manifestations, un constat dérange : les hommes y sont quasiment absents.

Un silence qui interroge

Quand il s’agit de fêter une victoire sportive, les rues se remplissent à toute heure, klaxons et drapeaux compris. Quand il s’agit de se rassembler quelques heures devant un tribunal pour dénoncer la mort d’une enfant, la mobilisation reste très majoritairement féminine. Ce contraste n’est pas anodin. Il dit quelque chose sur la façon dont notre société répartit, encore aujourd’hui, la responsabilité de protéger les enfants.

Beaucoup d’hommes pourraient répondre qu’ils ne se sentent pas concernés, ou qu’ils laissent ce sujet aux mères, aux associations, aux « spécialistes ». Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, des dizaines de milliers de plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs restent non traitées chaque année. Ce n’est pas un problème marginal, c’est un problème systémique. Et un problème systémique ne se résout pas si une partie de la population reste sur le bord du chemin.

Ce que révèle l’affaire Lyhanna

L’enquête a mis en lumière un point particulièrement troublant : le principal suspect avait déjà fait l’objet d’une plainte pour viols sur une autre fillette de 10 ans, déposée par sa mère avant même la disparition de Lyhanna. Des examens médicaux avaient pourtant confirmé des lésions sur cette enfant. Le signalement n’a pas été suivi des effets qu’on pouvait attendre.

Plus largement, le ministre de la Justice lui-même a reconnu un grave dysfonctionnement de la justice dans cette affaire, et une enquête administrative a été ouverte. Autrement dit, ce drame n’est pas seulement celui d’un homme isolé qui aurait basculé. C’est aussi celui d’un système qui n’a pas écouté les signaux d’alerte à temps.

Ce que cette affaire rappelle, c’est qu’un agresseur n’est presque jamais un inconnu surgi de nulle part. C’est souvent quelqu’un que tout le monde connaît : un voisin, un père d’élève, un collègue, un oncle par alliance. Une personne en qui les familles avaient confiance, parfois jusqu’à laisser un enfant dormir chez lui pour une soirée pyjama.

Pourquoi ce sujet concerne aussi les hommes

Dire que les violences sexuelles sur enfants sont « un problème de femmes » revient à dire que ce sont les mères qui doivent surveiller, alerter, manifester, et porter seules le poids émotionnel de ces drames. Or les enfants concernés ont aussi des pères, des frères, des oncles, des parrains. Et les agresseurs, dans l’écrasante majorité des cas documentés, sont des hommes.
95% des auteurs de violences sexuelles sont des hommes. 2 victimes de pédocriminalités sur 10 sont des petits garçons.

1 enfant est victime de violence sexuelle toutes les 3 minutes en France.

Cela ne signifie pas que « tous les hommes » sont suspects, et beaucoup le rappellent avec colère quand le sujet est abordé. Mais reconnaître qu’un problème est majoritairement commis par des hommes n’est pas une accusation collective : c’est un constat qui ouvre justement la porte à une responsabilité collective différente, celle de la vigilance et de la parole entre hommes.

Des leviers d’action concrets

Voici quelques pistes simples, pour des hommes qui se demandent « mais moi, concrètement, je peux faire quoi ? »

Ne pas laisser passer les blagues.
Une remarque sur une adolescente « bien foutue pour son âge », une plaisanterie sur un écart d’âge avec une mineure, un rire complice quand un collègue raconte une « conquête » qui avait 16 ans alors qu’il en a 35 : ce sont des micro-signaux. Ne pas réagir, c’est valider. Une simple phrase comme « non, ça ne me fait pas rire » suffit souvent à changer l’ambiance d’un groupe.

Rester attentif aux comportements des hommes de son entourage.
Un adulte qui cherche systématiquement à être seul avec des enfants, qui propose des soirées pyjamas, qui multiplie les cadeaux ou les attentions particulières envers un enfant en particulier : ce sont des signaux qui méritent d’être nommés, même quand la personne est un ami proche, un collègue ou un membre de la famille élargie.

Croire et soutenir un enfant ou un proche qui parle.
La peur de « détruire une famille » ou de « ne pas être sûr » pousse trop souvent à minimiser une parole d’enfant. Or les statistiques montrent que les enfants disent rarement des choses inventées sur ce sujet.

Se mobiliser, tout simplement.
Aller à un rassemblement, partager une pétition, signaler un contenu inquiétant, soutenir une association comme le Collectif féministe contre le viol ou la Fondation des femmes. Ce sont des gestes accessibles, qui ne demandent pas d’expertise.

Un combat qui se gagne ensemble

La mort de Lyhanna a soulevé une émotion nationale, mais cette émotion ne suffira pas si elle reste portée par une seule moitié de la population. Tant que la protection des enfants restera perçue comme une « affaire de mamans », les hommes resteront spectateurs d’un système qui, par manque de vigilance collective, laisse parfois passer ce qui aurait pu être évité.

Ce n’est qu’en s’impliquant, en parlant entre eux, en refusant de cautionner même par leur silence, que les hommes pourront peser dans ce changement. Pas par culpabilité, mais parce que ce sont aussi leurs enfants, leurs nièces, leurs filleuls, qui sont concernés.

*Source officielle pour signaler une situation de danger pour un enfant : [119, Allô Enfance en Danger](https://www.allo119.gouv.fr/)*

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